Interview : N’TO, l’accent du sud de l’électro Française

Lors de son passage au Showcase, WEMUSICMUSIC a voulu connaître davantage N’TO, ce dj aux mille minimales. Un artiste à découvrir lors des Transmusicales de Rennes, début décembre.

N'TO

Commençons par le commencement, parle nous un peu de toi et comment tu as commencé la musique notamment ?
Je suis de Marseille à la base, j’ai 29 ans et j’ai commencé la musique quand j’avais neuf, dix ans à peu près en apprenant à jouer de la guitare. Dès mon plus jeune âge j’en ai beaucoup écouté dans mon environnement familial.

Tes parents travaillent-ils dans la musique ou sont-ils simplement passionnés de musique ?
C’est surtout mon frère, en fait. Il est passionné de musique et j’ai beaucoup écouté de musique avec lui. Il jouait du piano, moi j’ai commencé la guitare à dix ans.

Donc ton frère faisait du piano c’est ça ?
Ouais c’est ça. J’ai gratté dans ma chambre pendant cinq ou six ans. Après j’ai commencé à sortir vers dix-sept dix-huit ans. C’est à ce moment là que j’ai eu l’occasion de découvrir l’électro.

Du coup, tu as commencé l’électro à ce moment là ?
Oui, vers dix huit ans, quand je suis sorti dans des clubs de Marseille, Montpellier et d’Aix. Après j’ai téléchargé mon premier logiciel de son dans la foulée, puis j’ai commencé à créer, à créer encore et encore. Puis après ça , les choses ont démarré dans la foulée.

Et pourquoi l’électronique ? Parce que j’ai cru comprendre que tu étais assez passionné de jazz, non ?
Oui de jazz mais aussi de plein d’autres styles en fait. J’ai commencé par le rock, j’écoutais beaucoup de reggae, du hop hop, du classique, de la saoul. J’écoutais un grand nombre de genres musicaux. Puis l’électro m’a semblé être assez accessible pour pouvoir m’exprimer assez rapidement par l’intermédiaire d’un logiciel, le télécharger et pouvoir s’exprimer directement. Cette facilité m’a attiré et ça a démarré comme ça.

Et le fait que tu passes par un médium électronique, ça ne t’a pas perturbé alors que tu jouais d’un instrument ?
Non pas du tout, parce que je suis tombé amoureux de l’électro au même titre que les autres styles que j’avais pu écouter avant. Ca a été un énorme coup de cœur au final. Au contraire, je trouve ça enrichissant de venir de plein d’autres styles de musique.

L’électro était un moyen de mélanger tout ça ?
Ouais c’est un peu ça. Je trouvais que la musique électronique était un moyen de placer un grand nombre d’influences, de coups de cœur personnels. De plus, je trouve que c’est une musique qui est très intérieure, très sensible, avec laquelle on peut s’exprimer vraiment profondément, c’est ça qui m’a attiré. Je trouvais que c’était cool de s’exprimer par ce biais là.

Avec une dimension spirituelle ?
C’est un peu ça !

Quel est le sens de N’to, pourquoi ce choix là ?
Je m’appelle Anthony, du coup Anto. N’to, je ne me suis pas trop cassé la tête et c’est venu assez naturellement. Il n’y a pas de sens caché ou de signification profonde.

Tu as un style assez mélodique, feutré avec une rythmique assez minimaliste : qu’est-ce qui t’a inspiré ce melting-pot de styles ?
C’est mon éducation musicale et toutes les découvertes électro qui m’ont donné envie de mélanger, comme tu le disais, une rythmique soutenue parfois, que l’on peut retrouver dans la techno. Puis des parties mélodiques très feutrées qui peuvent être empruntées à de l’ambiant, du trip-hop. Le mélange est pioché un peu partout, pour essayer de réunir tout ça dans un truc cohérent et qui me parle !

Ayawuska s’inspire de musiques du monde avec justement la guitare sèche dont tu parlais tout à l’heure ou Petite qui va être plus feutré, les musiques sont assez différentes : c’est important pour toi de montrer de la diversité dans tes morceaux ?
Oui c’est important et au delà de ça, plus que montrer la diversité de ce que j’ai envie d’exprimer. C’est plus spontané et pas trop réfléchi en fait. Un jour j’ai plus envie de faire un morceau deep-house. Le jour d’après, je vais faire un morceau carrément pas électro. Ca va dépendre de l’humeur, de l’envie, des inspirations, de ce à quoi tu as envie de rendre hommage, ce que t’as envie de raconter, ça peut-être un grand nombre de choses. Par exemple Ayuwaska, c’est suite à un documentaire que j’ai vu qui s’appelle D’autres mondes, réalisé par Jan Kounen. Il y a une voix shamanique dans le documentaire et j’avais envie de mettre en avant cette voix et de broder un truc un peu binaire et entêtant autour de ça, parce que j’ai vraiment adoré le thème du documentaire. Voilà ce que ça raconte, je voulais dégager un truc vraiment intime et personnel. Ca dépend vraiment du moment et il y a un peu tout qui se retrouve dedans au final.

Dans Ayawaska, tu as utilisé la voix du documentaire?
Ouais carrément. J’ai utilisé la voix shamanique à la fin du documentaire. Elle est super jolie et super longue, lancinante et entêtante. J’avais très envie de faire quelque chose avec.

Du coup N’to c’est un projet vraiment personnel. Tu n’essaies pas forcément de trouver une cohérence dans tes morceaux ?
Il y en a forcément une quand tu as ta « patte », ta façon de produire et d’aborder les sons. On finit toujours par te reconnaître donc je ne suis pas parti en me disant « je veux que ça ressemble à ça ».

Tu te nourris de tout ce qui se passe au moment présent et tu crées en t’inspirant ?
Oui c’est exactement ça. Etant passionné de musique, j’essaie de faire plein trucs et ce que j’ai vraiment envie de faire.

Du coup, tu n’es pas sur plusieurs projets en même temps ?
Si je le suis, après ce n’est pas des projets forcément concrets, délimités qui ont vocation à être mis en avant ou sortis. Mais il y a plein de trucs que je fais en parallèle qui ne mèneront pas forcément quelque part mais que je fais. Après on verra ce que ça donnera plus tard.

Quels sont-ils ?
Des morceaux plus ambiants, plus expérimentaux. Parfois des morceaux au piano, des fois des morceaux à la guitare.

Et tu travailles avec d’autres artistes ?
Oui, notamment un ami à moi qui fait de l’électro-swing. On a fait beaucoup de morceaux tous les deux. Il s’appelle Grantlazlo. C’est le principal artiste avec qui j’ai fait de l’électro-swing. Après c’est vrai que je suis assez solitaire dans la création musicale. J’aime bien être seul face à ce que j’ai envie de faire donc je n’ai pas trop collaboré non plus jusqu’à maintenant.

D’accord. Et il n’y a pas de projet collaboration qui pourrait te faire rêver ?
Si, par le biais du label qu’on a avec Joachim Pastor et Worakles (Kevin). Cela ouvre beaucoup de perspectives musicales entre nous, mais aussi avec d’autres artistes qu’on aime beaucoup.

Tu as connu comment Joachim et Kevin ?
Kevin je l’ai connu il deux ans maintenant, à Montpellier. On a joué tous les deux à l’United festival, donc on a un peu écouté ce qu’on faisait l’un et l’autre. On a eu un coup de cœur respectif sur nos morceaux, donc on en a parlé.

Est-ce que ce label vous l’avez créé pour vous retrouver dans quelque chose qui vous correspondait vraiment ou est-ce que c’était dans l’idée de faire venir ensuite d’autres artistes ?
C’est toujours dans cette optique là mais on l’a surtout fait parce qu’on avait une vision assez commune de la musique. On a vraiment nos différences, on n’écoute pas les mêmes choses. Mais on a quand même beaucoup de similitudes dans nos styles et dans la manière de concevoir la musique, les instrus qu’on aime, les artistes avec lesquels on a envie de travailler. Cela semblait naturel de faire un label ensemble et de travailler tous les deux. Et puis avec Joachim ça nous a également semblé naturel de travailler tous les trois ensemble parce qu’il a un peu cette vision là aussi, donc c’est enrichissant.

Quels sont les artistes que vous avez envie de promouvoir prochainement ?
Je ne peux pas vous le dire parce que ce n’est pas encore sûr. Après, il y a des jeunes artistes qu’on adore, qui sont de la région et qui commencent plus ou moins et dans lesquels on place beaucoup d’espoir.

Cela fait une dizaine d’années que tu es dans le milieu, est-ce que tu places beaucoup d’espoir sur la scène électro en ce moment ?
Je trouve ça génial parce que la scène s’enrichit de plus en plus, et est de plus en plus large. Les styles vont chercher de plus en plus dans des directions inattendues et mélangent des bribes dans tous les sens. Je trouve ça super intéressant, il y a beaucoup de choses bien qui se passent. Ca se popularise aussi un peu plus, il y a beaucoup de jeunes artistes super compétents qui émergent un peu partout et je trouve que ça avance plutôt dans le bon sens. Comparé à il y a quelques années, je trouve que ça se porte beaucoup mieux.

Concernant tes inspirations, il y a des artistes qui t’ont plus influencé que d’autres ? Quel serait ton top 5 ?
En électro, Stephan Bodzin ou Rodriguez Jr. J’aime aussi beaucoup David August, Ten Walls, Tell of Us, qui sont relativement récents dans le paysage électronique. Je trouve qu’ils apportent vraiment une fraicheur en ce moment. Hors électro j’ai énormément d’inspirations notamment chez les Pink Floyd. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai appelé mon chien Floyd… (rire). Sinon Supertramp, The Doors, Django Reinhardt et Mozart. Et Georges Brassens aussi.

Ça te manque l’absence de textes ?
Non parce que j’ai pas du tout la fibre de l’écriture. C’est quelque chose que j’admire beaucoup. Je trouve ça très beau mais je ne l’ai pas du tout, à mon grand regret.

Tu ne pourrais pas faire des collab’ justement avec quelqu’un qui écrirait des textes ?
Si justement, carrément même ! J’ai tellement d’envies musicales, j’aimerais bien bosser avec des jazzeux, des groupes de rock, de hip-hop, faire plein de collaborations. Il y a plein de projets que j’aimerais mener au bout mais c’est dur de les mener tous à la fois.

Ça fait dix ans que tu vis de ta musique ?
Ça fait cinq ans que j’en vis, mais dix ans que j’en fais. Avant ça j’étais graphiste et je faisais de la musique et du graphisme en même temps. Maintenant je fais ça à temps plein.

Comment ça se passe au niveau de la production, tu prends beaucoup de sons pour produire quelque chose ou tu produits toi même tous les sons de ta musique ?
Ça dépend, il y a plein d’approches différentes. Parfois ça peut-être en écoutant un morceau ou en regardant un film. L’inspiration peut venir de n’importe où. Ca te donne une idée et tu as une vision très précise du morceau que t’as envie de faire et puis tu te lances. Tu as déjà les clés pour mener ton morceau au bout et des fois tu te lances un peu sur une page blanche et tu montes des sons un peu en vrac, tu les jettes dans la marmite pour voir ce que ça va donner. Ca te donne une idée et puis ça vient. Il y a plein d’approches super différentes, il n’y a pas vraiment de méthode, ça peut-être n’importe quoi.

Du coup, tu n’hésites pas à reprendre des sons ?
Plutôt à m’en inspirer. Après tu ne reprends pas tel quel un truc qui t’a plu parce que t’as envie de le faire à ta sauce mais on s’inspire toujours de ce qu’on écoute.

Est-ce que tu as des instruments particuliers sur scène ?
J’ai mon ordi et deux machines. J’ai une APC 40 et une MPD 32, donc deux contrôleurs et un ordi. C’est du live, je joue les parties de mes morceaux comme je le sens. Il y a un fil conducteur mais selon l’humeur de la salle, je vais choisir de jouer un morceau plutôt qu’un autre et voir comment ça se passe.

Avec ton frère tu fais un peu de musique étant donné que c’est lui qui t’a poussé à faire de la musique au départ ?
Non pas vraiment. Lui il fait de la musique de son côté, il en crée pas mais il joue encore beaucoup de piano et il s’est mis à la guitare. Mais c’est vrai que c’est un projet que j’aimerais bien faire aussi, peut-être essayer de créer un petit peu avec lui, mais bon il a sa vie aussi. C’est lui qui m’a poussé vers la musique mais ce n’était pas trop son truc la création musicale. Il est parti dans le monde scientifique pour trouver un travail mais on ne sait jamais, c’est possible qu’un jour je l’enregistre à la guitare ou au piano et qu’on joue un peu ensemble. Ça pourrait être cool !

Mickaël BURLOT

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