Le rap sans faille de Gaël Faye

Vignette-Gael-Faye_modifié-1-article-3Gaël Faye est dans le rap ce que le pili-pili est à la pizza. Il pimente ses textes par une langue bien vissée, un style non frelaté et si bien ampoulé qu’on est souvent éblouit. Faye ne ratiocine pas. Si la dénonciation est consubstantielle au rap, lui y ajoute de la mesure et une telle finesse qu’on est forcé de presser à chaque chanson le bouton « repeat ».

Une carrière avortée dans la finance

On ne peut pas dire que Faye ait un profil ordinaire. Né au Burundi d’une mère rwandaise, il est arraché de son pays natal en 1995 suite au génocide rwandais et immigre en France. Il grandit dans les Yvelines, rencontre le rap et l’écriture dans une MJC. Il poursuit ses études, passe par une école de commerce, obtient un master de finance et travaille à Londres durant deux ans pour un fonds d’investissement. Il quitte alors la « City of London » pour se consacrer pleinement à la musique, préférant s’exprimer micro au poing plutôt que de spéculer avec un clavier qwerty.

C’est un fait. Faye ne rentre pas dans le moule d’une société ultramoderne et consumériste. Ses origines lui sont chères et veut tisser son vécu à travers un art oratoire bien connu, le Slam. Porte-parole d’une jeunesse en exil, il se définit comme « un vire-volteur de mots plein d’amertume. » Son 1er album solo Pili pili sur un croissant au beurre sorti en 2013 évite les vétilles et les jugements à l’emporte-pièce. Gaël parle avec éloquence de quelque chose qu’il connaît bien : les turpitudes liées au capitalisme en Europe, l’obsession pour la fortune personnelle et le fossé qui se creuse toujours plus, dans une impunité totale, avec l’Afrique. Les notes sont portées par un vent chaud et voyagent entre le jazz, la nu soul et la rumba congolaise.

Meilleur qu’un gobelet de café au lait sucré

Gaël Faye n’agit pas qu’en solo. Il s’est allié à son ami écrivain, réputé pour organiser des « battle de mots » dans les cafés, Edgar Sekloka. Ils forment ensemble le groupe Milk Coffee and Sugar. Le duo a sorti un album du même nom en 2009 qui a été nommé « découverte » du Printemps de Bourges en 2011. Découvrez ci-dessous un de leur titre « Prévu, pas prévu », où les paroles fusent aussi vite que le beat retentit. En déclinant le verbe au passé, ils déroulent trente années de galère, d’évènements marquants tout en maintenant cette verve puissante et engagée. Pour eux, « c’était prévu de remplacer la monotonie de nos vies nulles et vénales par nos voix sur vinyle. » ou bien « peu importe, mon pote, que l’on reste des cloportes car au final c’est prévu, tout le monde sort par la même porte ». Par cette litanie de constats lucides et accablants, il ne nous reste plus qu’à danser avec eux cette musique qui résonne depuis les Antilles : le Calypso.

@Jdutac

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