Rencontre avec Grand Blanc

On a bu des bières avec Grand Blanc après leur concert aux Transmusicales de Rennes. Ils nous ont parlé de la préparation de leur album, de poésie orientaliste, de kebab et de brainstorming. C’est des amours ces petits gars !

_MG_1555©Guilaume_Lechat

© Brain Magazine.

Salut Grand Blanc, ça s’est bien passé votre concert ?

Benoît : Ça s’est bien passé ouais ça va.

Luc : Beaucoup d’émotions pour moi, un super public. C’était top de jouer dans une grande halle comme ça, avec des milliers de personnes.

C’était une première pour vous autant de monde ?

Benoit : une demi-première…

Camille : on avait déjà joué dans une salle avec beaucoup de monde mais c’était pour une première partie et ce n’est pas la même chose. En l’occurrence c’était Fauve et leur public est très fidèle donc ils ne nous attendaient pas vraiment…

Là dans un festival la donne change. Depuis un mois et demi on sait qu’on va jouer aux Trans, du coup tous les concerts qu’on a fait on les a vécus comme des entrainements. C’est une sorte de page qui s’est tournée.

Je dirais une page qui s’est ouverte plutôt ! M’est avis que l’agenda 2015 va être bien chargé pour vous… Qu’est-ce qui vous attend pour les mois à venir ?

Vincent : de décembre à janvier : brain storming et composition du nouvel album.

Camille : qué brainstorming ? En vrai on va juste aller boire des bières !

Luc : On va déjà commencer par faire une petite pause pour les fêtes. Et après on ré-attaque la composition de l’album, faire un petit brainstorming comme Vincent disait.

Camille : Pas brainstorming les mecs !!!!

Benoît : on va reprendre la tournée à partir de février avec notre tourneur (Asterios NDLR).

Vincent : En parallèle on va travailler sur notre live, on voudrait créer quelque chose d’hybride. Les mois derniers ont était sur un live de promotion de notre EP, mais en parallèle de la création de l’album on va essayer de tester les nouveaux morceaux en live. Là on a un set de 40 minutes, on va l’allonger. Luc va faire plus de percussions…

Luc : oui mon synthé va virer et je vais avoir 2 samplers. Un dédié aux percussions, un autre dédié à des voix, des mélodies. Tout ça avec des pads pour avoir quelque chose de très live, très visuel, mi acoustique, mi électronique. Les rythmiques seront beaucoup plus jouées.

Et en termes d’orientation musicale on doit s’attendre à des changements par rapport à l’EP ?

Camille : Ah Ah !! On est parti sur quelque chose d’un tout petit peu moins noir.

Benoit : mais pas du tout ! C’est moi qui écris les textes et je suis toujours aussi déprimé hein ! Quand je vois un métro j’ai toujours envie de sauter dessous ! (rires). C’est pas parce que j’ai une meuf que ça va quoi !

Vincent : honnêtement je pense qu’il y a une rupture. L’EP c’était un peu lié à l’adolescence et beaucoup à Metz dont la majeur partie du groupe est originaire également. Tout ça a tendance à disparaître dans nos vies. Bon moi à la base je ne suis pas de Metz mais j’ai l’impression que dans votre imaginaire commun ça s’estompe. Parce que les expériences qu’on vit sont parisiennes, elles sont adultes…

Luc : ouais c’est vrai, Degré zéro par exemple c’est le Fensh Vallée qui est mis en valeur, la Fensh vallée, c’était vraiment là où, au début du siècle, toutes les usines se sont installées, et c’est quelque chose de très plat. Il n’y a aucun relief…

Benoit : il y a la vallée des anges aussi, c’est génial. Tu vois le groupe Ange ? Ils s’appellent comme ça parce qu’ils viennent de là-bas. Et cette vallée ne s’appelle pas du tout comme ça parce qu’elle est cool. C’est le pire endroit de la Lorraine. C’est sinistré de ouf. Comme tous les bleds qui finissent par ange.

Vincent : Pour revenir à ta question, je pense que les thèmes vont un petit peu changer, notre musique aussi. On nous a un peu… pas reproché mais nous-même on se trouvait un peu référencés…

Benoit : après les textes de nos chansons sont pas si référencés que ça. Notre musique est eighties par contre les thèmes qu’on traite sont beaucoup plus proches du rap français que de la 80s. Si tu prends les textes de Joy Division, c’est ultra mystique alors que nous on a des textes ancrés dans une réalité urbaine, on met les mains dans le cambouis. Ils sont beaucoup plus proche de IAM que de Joy Division. Mais en tout cas je pense qu’on restera sur la même ligne avec des textes très proches du réel. Par contre dans la musique, on en a un peu marre de faire très premier degré. Que les gens nous disent « Grand Blanc c’est sérieux, quand Grand Blanc monte sur scène c’est vraiment eux » etc.

Ce n’est pas du tout le cas, on invente des images, on joue des rôles. C’est pas parce qu’on raconte des trucs dark et tristes qu’on joue moins un rôle que n’importe quel autre artiste. Par exemple le fait que FAUVE nous ait invité au Bataclan c’est parce qu’on a un morceau qui est très premier degré : Montparnasse.

Il marche bien mais il nous tire vers le premier degré : Grand blanc c’est des mecs sérieux, ils se mettent à nu. Or on ne se met pas à nu, on met un costard quand on est sur scène, comme la majorité des gens, et FAUVE, leur grand mérite, c’est d’avoir enlevé le costard au maximum, il leur reste un mini pagne, c’est tout, les mecs ils sont à poil sur scène.

Camille : ouais ils sont en string.

Benoit : mais nous on n’a pas du tout ça, on écrit de manière formelle, on ne chante pas avec nos voix naturelles. Il y a une distance énorme avec ce que l’on dit. Et c’est vrai que notre musique ne permettait pas forcément de le comprendre. Sur l’album, on cherche à ce que la musique reflète plus ça.

Vincent : ce que veut dire Ben, c’est qu’on passe pour des personnes très premier degré alors qu’on a du recul par rapport à ce qu’on fait et que peut être que sur l’album on aimerait davantage mettre en avant cette distance et avoir quelque chose qui ressemble moins à « je vais pas bien, j’écris un truc pour l’exorciser ».

Ok. Et dans l’écriture de l’album vous en êtes où, un premier single ?

Camille : on ne l’a pas finie.

Benoit, mais on a un titre presque finie, et c’est une chanson qui parle d’un kebab, le restaurant kebab.

Camille : ça parle du kebab et du voyage

Benoit : ça peut paraître con mais quand t’es à Metz t’as 15 ans, tu regardes une carte, tu te dis dans 2 ans j’ai les thunes pour acheter un pass interail et aller voyager en Turquie avec mes potes. Et t’as hyper envie d’y aller. Donc tu vas au kebab, t’as ce côté je consomme du world. A Metz j’écoutais beaucoup de reggae, mes potes étaient grave des roots ils s’achetaient des sacoches en laine de chameau du Kurdistan, des théières marocaines, ils avaient l’impression de voyager sauf que personne ne bougeait. On avait tous besoin de se créer une sorte de biographie de style, d’identité et au finale ce qui m’a semblé le plus proche de la réalité c’est ça : tu te retrouves dans un Grec et tu as une sale photo photoshopée de vieilles qui font des galettes de blé.

Je me rappelle quand je lisais en prépa lettre les orientalistes, avec des écrivains qui sont au début de la modernité comme Baudelaire notamment, ils parlaient de ça, de l’invitation au voyage. C’est un mec qui a un coffret de bois de santal, qui est avec sa meuf, qui le sent. Il parle beaucoup plus du regret de l’ailleurs que de l’ailleurs. Et au fond avoir 15 ans et taper un trip sur une affiche de kebab parce que t’es bourré et qu’il est trois heures, c’est pas trivial, c’est des trucs que des gens qui sont au Panthéon ont pensé et pratiqué très longtemps. Gaultier, Baudelaire, les Orientalistes… Nous on essaie juste d’assumer ce qu’on a été, on a été des gens qui se faisaient chier et qui avaient envie d’aller ailleurs et qui n’avaient rien à dire. Un moment ça nous a fait chier, on s’est rendu compte qu’on avait ça à dire et que juste le seul truc à trouver c’était de trouver une façon intéressante de le dire.

C’est comme pour le rap, c’est banal ce que dit le rap, simplement dans les années 90 c’était hyper novateur.

Est ce que le fait de parler d’un quotidien ça trouve un écho chez les gens ? Qu’on s’identifie plus facilement à votre musique ?

Vincent oui il y a un côté brut auquel les gens peuvent s’identifier, nous ça nous plait de parler de choses simples, vécues, brutes, qui sont la vie.

Benoit : le bon exemple c’est Samedi la Nuit, la seule chose que retiennent les gens c’est cette phrase « samedi la nuit », il y a un texte qui est un peu badant, qui raconte une histoire, qui fait des métaphores. Et au fond, tout ce qui passe c’est « samedi les nuits ». C’est notre titre un peu patate. Nous ça nous chagrine pas qu’il y ait une phrase qui ressorte. Moi j’ai passé six ans à étudier la poésie et au finale un bon poème s’illustre parce qu’il y a un vers qui est cité partout et qui appelle les gens à lire le poème. Il ne s’illustre pas parce que tout le monde le récite par cœur. Personne ne récite par cœur. Une chanson c’est pareil, dans un concert, tu écoutes le bassiste, tu regardes la fille super mignonne derrière le piano, tu as le chanteur, un moment l’important c’est comment tout ça forme un tout cohérent, comment tout ça se tient malgré la distance et l’inattention. Nous ce qu’on cherche à avoir c’est juste ça, c’est avoir ce petit moment où ça marche.

Vincent, ce qui est important c’est d’avoir une punch line sur lesquels les gens s’attardent et qui leur permet après de rentrer dans le texte. C’est une porte d’entrée. « Samedi la nuit » c’est une porte d’entrée « J’ai perdu le nord » c’est une porte d’entrée ».

Benoit : ce qui est drôle c’est que moi quand j’écris un texte, je commence par leur dire une punch line que j’ai, et après il y a un art de mettre en valeur la punch line, si tu ne la mets pas au bon endroit dans la chanson, c’est une autre phrase qui te paraissait complètement anodine qui va ressortir. Il y a des moments où la phrase que j’ai depuis six mois / un an dans la tête n’est pas mise en valeur par le synthé et c’est une autre phrase que je n’avais pas vu qui va ressortir et qui va s’avérer être géniale, dont les gens vont te parler. En fait elle vaut autant que l’autre. T’apprends l’humilité du coup. Ton jugement sur le texte n’est pas plus valable que celui d’un autre.

Ok merci, bonne route à vous !

 

3 réponses à “Rencontre avec Grand Blanc

  1. Pingback: Les Eurockéennes 2015 : Belles et fortes ! | WEMUSICMUSIC·

  2. Pingback: La Surprise Party de Grand Blanc |·

  3. Pingback: Entreprise sort sa Compilation Année 3 |·

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s