Festival Astropolis : Rencontre avec Charles Muzy, gérant de l’espace Vauban

Le Vauban, c’est bien plus qu’une salle de concert pour la ville de Brest. Déjà parce que c’est un hôtel, mais c’est également un lieu artistiquement riche dans lequel vous retrouverez notamment le Cabaret Sonique le dimanche avec The Driver. Rencontre avec son gérant, Charles Muzy.

20229479_10156440068306982_8578662574982686894_o

La salle du Vauban

Tu peux nous raconter ton parcours ?

Je m’appelle Charles Muzy et je suis d’origine Corse mais mon histoire avec le Vauban commence dès ma naissance, puisque je suis né au Vauban. Je n’ai pas de formation d’hôtellerie, ni dédiée au milieu du spectacle. À l’ancienne: j’ai tout appris sur le tas. Dans cet hôtel qu’est le Vauban, c’est une histoire de famille. Mon grand-père voulait faire une salle de bal populaire dans le sous-sol mais il ne l’avait pas fait. C’est mon père qui s’en est chargé. Du coup, il y avait régulièrement des soirées avec des orchestres en bas, au sous-sol. Je baigne là-dedans depuis tout petit.

À la base, j’étais passionné de sport et de mécanique. Je faisais énormément de sport quand j’étais gamin. Et un jour, mes parents m’ont demandé de leur donner un coup de main. C’était pour une durée d’un été. Et cet été dure depuis 45 ans. 

Gérer un hôtel, qui en même temps fait salle de concert c’est passionnant, et à la fois très fatiguant. Entre les petits déjeuners, les déjeuners, les diners, les soirées… tu ne dors jamais. Par moment, tu dors 1 heures par nuit parce que tu préfères boire un coup avec les musiciens après le concert et le petit déjeuner est servi très tôt, dès 6h. J’ai adoré ça. Mais à un moment, il y a eu la mode des discothèques, et nous avons dû fermer la salle.

Comment la réouverture s’est passée ?

Charles Kermarec, directeur de Dialogues Musiques et Livres, a monté une maison de disque, Rock’n’Bulles, et connaissait la salle du Vauban. Il a eu l’idée de faire un gros coup de publicité sur cette maison de disque. Ils sont venus me voir pour monter un spectacle avec les Dogs de Rouen. Le problème c’est que mon père ne voulait rien entendre. Un jour, il est parti en vacances et j’ai désobéi: j’ai donné mon feu vert pour l’organisation de ce concert. Ce fût un vrai carton! Et c’est la meilleure idée que j’ai pu avoir.

On a eu une presse énorme suite à ce concert et la mairie a commencé à s’intéresser à nous parce que la salle du Quartz avait brûlée. Il fallait de nouveaux lieux pour les concerts. À cette époque, la ville de Brest manquait cruellement de lieux de ce type. Suite à quelques essais en liens avec la mairie, elle a décidé de monter une petite programmation. On a fait une convention avec la mairie. On faisait du jazz, du blues, mais aussi de la pop, du rock… c’était très varié. 

Cabaret Vauban Brest - FéFé © Raymond Le Menn

Comment tu es arrivé à être proche de Gildas et Matthieu (les organisateurs et fondateurs du festival Astropolis) ?

À l’époque, Gildas et Matthieu étaient en pension et ils faisaient le mur pour venir assister aux concerts du Vauban. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’au départ, ils ne faisaient pas que de l’électro. C’est eux qui ont fait le premier concert de Miossec au Vauban par exemple. Ils faisaient des concerts de rocks. C’était l’une des premières dates de Dominique A. Petit à petit, ils m’ont proposé d’accueillir des soirées de musiques électroniques. Pour moi c’était une musique de fou. Je ne voulais pas mais ils ont insisté. Il y en a eu une première, puis une deuxième…et encore aujourd’hui. Au fur et à mesure, la fréquence des concerts a augmenté et j’ai dû m’associer à des partenaires. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à avoir des concerts de très haut niveau: Laurent Garnier, Miossec, Airplane, Johnny Winter. J’ai même accueilli Jamel Debouze pour son one man show, quand il était au début de sa carrière. 

J’ai eu la chance d’avoir ces partenaires, ces associations, car cela m’a permis d’accueillir les meilleurs artistes du moment. J’accueillais des artistes et la semaine suivante, il y avait un article dans Télérama avec eux. 

Tu as toujours été à la page malgré toi en fait…

Ouais, complètement. Quand les Béruriers noirs se sont reformés, les Sonics les ont fait jouer au Vauban avant Astropolis. C’était la folie ! Ensuite j’ai Hubert Félix Thiéphaine avec Matmatha, 3 mois après. Léo Ferré est lui aussi venu jouer au Vauban. Pour la petite histoire, il est venu chez moi et il a regardé la programmation de la salle. Il me demande s’il peut voir la salle. Au départ je croyais à une blague, mais non…il est venu. Et puis il y a eu les débuts avec Astropolis et Manu Le Malin qui est tombé amoureux de la salle dès la première fois. Je n’aimais pas vraiment la musique électronique mais le fait que Gildas et Matthieu aient organisé des soirées au Vauban m’a ouvert les yeux. Je me souviens de la première fois que j’ai vu Jeff Mills… c’était une énorme claque pour moi. 

manulemalin-CedricCanezza-780x466

Manu Le Malin au Vauban

Après toutes ces années de rencontres avec les artistes programmées par Astropolis, maintenant vous êtes hyper potes ? 

Gildas et Matthieu, ce sont des amis à vie, ça fait longtemps qu’on travaille ensemble maintenant. Aujourd’hui, ils vont tout de même dans de plus grosses structures, ils vont faire plus de spectacles à La Carène. Plus la jauge est grande plus c’est compliqué de faire ça au Vauban. Mais on est toujours présents avec eux toute l’année. Tu as au moins un concert par mois minimum. Tu as Astro été, mais aussi Astro hiver. Dans ces festivals il y a un ou deux jours au Vauban. 

Tu pensais quoi des festivaliers au début ? 

Et bien qu’ils buvaient dur! Au début ce n’était pas ma culture donc c’était compliqué. Une fois, Gildas et Matthieu ont acheté une place pour Franck Mickael à ma mère pour qu’elle quitte l’hôtel pour éviter de voir tout ça (rire). Ils sont très doués! Après, ma mère me disait «ils sont vraiment sympa ces garçons». Tu m’étonnes… Quand tu as un hôtel avec 5 étages au-dessus de la salle de concert, c’est compliqué entre les festivaliers et les clients. 

Une fois, il était 5h du matin, et les DJ n’arrêtaient pas de jouer, du coup les gens ne partaient pas. À un moment donné, j’ai mis un morceau de Adamo, «Tombe la neige». Tout le monde s’est arrêté et j’ai réussi à les virer en 15 minutes. Aujourd’hui c’est un morceau que j’utilise pour terminer les soirées électro. Sauf qu’aujourd’hui c’est devenu un rituel! Si je ne mets pas ce morceau, personne ne part. Par la suite, j’ai vu Adamo et je lui ai raconté cette histoire. Il a bien rigolé.

Propos recueillis par Keman.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s